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En feuilletant ma pile de
documentation philatélique constituée par des journaux, revues,
brochures et quelques documents officiels, je suis tombé à plusieurs
reprises sur des articles dont le sujet était basé sur l’invention
du timbre-poste. Articles que je qualifierai de contradictoires. Je vais
vous dire pourquoi.
Tout le monde (ou presque) sait que l’Angleterre a émis le premier
timbre-poste en 1840 sous la reine Victoria et c’est Rowland Hill, né
en 1795, ancien directeur d’école devenu secrétaire du Bureau de
Colonisation de l’Australie qui eut la mission de se consacrer
uniquement à la question postale.
Il en résulta un document intitulé "La Réforme de la Poste"
de 73 pages qui paru en 1837, et c’est en 1840 (3 ans plus tard) que,
avec le bouleversement de l’organisation postale anglaise, le 1er
timbre naquit.
Or, les auteurs des articles dont je vous parle plus haut dénient à
Rowland Hill la paternité du timbre-poste. J’ai appris ainsi qu’il
y avait au moins 4 inventeurs différents du timbre (y compris R. Hill),
deux français et deux anglais, et chacun de ces chroniqueurs pense dur
comme fer connaître le véritable inventeur du timbre-poste.
Certes, chacun de ces papiers apporte des arguments non négligeables
qui peuvent faire réfléchir. Voici la liste des inventeurs.
Je vais commencer par James Chalmers, un écossais qui fut libraire de
son état à Dundee et dont la petite fille, Miss Leah Chalmers écrivit
une brochure en 1949 afin de réhabiliter son grand-père dans le titre
d’inventeur du timbre-poste. Cette brochure fut éditée par le Monde
des Philatélistes en 1965.
En 1832, les Communes réclamaient déjà une simplification du régime
postal, surtout pour les imprimés et une commission d’enquête tint
des réunions de 1835 à 1837, année de la remise du mémoire de
Rowland Hill.
Or, en aout 1834, James Chalmers réalisa un timbre gommé pour les
lettres qu’il appela le "slip". (voir fig.)
Le parlement refusa et Chalmers ne fit rien pour soutenir son invention.
Rowland Hill écrit dans sa biographie qu'en 1834 les timbres-poste
n'existaient encore pas même en rêve. Ce que nie James Chalmers qui
insista plus tard sur le fait que le mémoire de R. Hill de 1837 défendait
avec force les enveloppes timbrées (les fameuses enveloppes Mulready)
et non le timbre-poste, ce que Chalmers avait déjà proposé en 1834,
sous forme de "Slip".
Finalement, le "penny black" vit le jour en mai 1840. La
controverse pour la paternité du timbre-poste entre le clan Chalmers et
le clan Hill dura 12 ans. Il est fort possible que Sir Rowland Hill se
servit de l'étude de Chalmers pour créer le timbre-poste différent
bien entendu du slip.
Nous allons passer maintenant en France avec Alexandre Glais Bizoin, un
autre inventeur du timbre-poste. Notre trésorier, Maurice Le Mignon m'a
transmis un article de Ouest France sur ce personnage écrit par un
retraité érudit, M. Huguen, qui stipule que Glais Bizoin est bien
l'inventeur du timbre-poste.
Glais Bizoin fut député après les "Trois Glorieuses" de
1831 à 1849, sous Louis Philippe et le début de la 2ème République.
Dès 1831, il proposa à la chambre la création d'une "vignette
apostillée", payée par l'expéditeur. Son idée était de rendre
égaux les hommes devant la transmission et la fraîcheur des
informations et des messages, journaux ou courrier. Mais la chambre ne
suivit pas.
Glais Bizoin fit des interventions multiples, dont celle de 1844, où il
demandait des timbres pour les terre neuves. Il fallut attendre 1849
pour que le Directeur Général des Postes sous la 2ème République,
Etienne Arago, réalise une réforme postale avec la taxe unique et
l'affranchissement préalable sous forme de timbre-poste.
Et nous en arrivons à un autre inventeur du timbre-poste et cela en
1653 ! Je fais référence à plusieurs articles parus dans la presse spécialisée
il y a une quinzaine d'année, dont celui de l'Echo de la Timbrologie.
Son auteur fait référence à un règlement de 1653 (sous Louis XIV
avec Mazarin comme 1er ministre) qui stipule pour la bonne ville de
Paris. (Je cite un extrait de ce règlement).
"On fait savoir à tous ceux qui voudront écrire d'un quartier de
Paris en un autre que leurs lettres, billets ou mémoires seront fidèlement
portés et diligemment rendus à leur adresse pourvu que lorsqu'ils écriront,
ils mettront avec leurs lettres un "billet" qui portera
"port payé", lequel "billet" sera attaché à la
dite lettre ou en toute autre manière qu'ils trouveront à
propos…"
Puis plus loin : "…chacun étant averti que nulle lettre ni 1réponse
ne sera portée, qu'il n' y est avec icelle un "billet de port payé"
dont la date sera remplie du jour et du mois qu'il sera envoyé…"
On les a donc retenus, l'un
pour la paternité du 1er timbre dans le monde, et l'autre pour la
paternité du 1er timbre en France.
En conclusion, qui est l'inventeur du timbre-poste ?
Indubitablement l'ensemble
des personnages que j'ai cités dans mon Grain de sel. Ils possèdent
assurément une parcelle de cette paternité de la vignette postale, car
leurs travaux, aux différentes époques où ils ont vécu, ont servi
finalement à la conception finale du timbre.
Je les considère un peu comme les pionniers de la poste moderne. Je ne
peux mieux faire que de les comparer à l'invention du cinéma. Les Frères
Lumière ont en effet bénéficié, avant d'obtenir la maîtrise de la
projection des images animées, des travaux entre autres, de Edouard
Muybridge et sa théorie du mouvement en 1878. Jules Marey
(chronophotographie) en 1883, Emile Raynaud (théâtre optique) en 1889,
Thomas Edison (Kinétoscope) en 1894 et d'autres encore de moindre
importance ...
Pour en revenir à notre sujet et pour terminer mon étude, je dirai que
la force de R. Hill fut surtout, après deux ans de bataille au
Parlement, de contraindre la Poste à lancer la réforme en supprimant
les anciens privilèges.
C'était le démarrage de l'ère moderne pour la Poste et le 1er timbre
en fut l'emblème et le symbole.
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