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La taille-douce :

Gravure originelle du timbre

 

Dans cette 2ème partie de la fabrication d’un timbre, talent artistique, alchimie, patience et technicité des hommes et des machines sont mis en œuvre pour aboutir à l’œuvre d’art : le timbre taille-douce.

 

 Le graveur entame le métal sur quelques microns de profondeur. Un microscopique copeau d’acier s’ourle à la pointe de son burin biseauté. La spécificité du graveur de timbre est sa capacité à faire entrer une cathédrale, une ville ou encore tous les détails d’une peinture de maître dans un cadre de quelques centimètres de côté. Les professionnels capable de réaliser cette prouesse se comptent sur les doigts des deux  mains, en France. La Poste en a recruté trois en interne, à l’Imprimerie des Timbres-poste et des Valeurs Fiduciaires (ITVF).

         

 

Une technique du XVe siècle

 

La gravure en taille-douce est l’un des procédés d’impression les plus anciens. Mis en œuvre au XVe siècle, il utilise les creux de la gravure pour emprisonner l’encre du dessin et la transférer sur le papier grâce à une presse. Si l’estampe traditionnelle se contente de ces deux étapes, pour imprimer quelques exemplaires numérotés d’épreuves d’artistes, la fabrication de millions de timbres, en peu de temps, nécessite des procédés industriels autrement plus complexes, qui se combinent à l’artisanat du burin. Sept étapes sont nécessaires, pour passer de la gravure du poinçon à l’impression (voir l’encadré en fin d’article).

 

« Les gens, philatélistes y compris, ne connaissent pas assez cette technique, qui fait du timbre taille-douce l’œuvre d’art la moins chère au monde ! », clame Pierre Albuisson, graveur lui-même et président de l’association Art du Timbre Gravé, qui a vocation à promouvoir cette technique. Les artistes, éditeurs d’art, philatélistes et autres, parmi ses membres, constatent la baisse du nombre de timbres gravés en taille-douce.

 

Les connaisseurs font une nette distinction entre l’impression taille-douce et une impression en héliogravure ou en offset.La première est la seule à laisser un relief sur le timbre, « alliant le plaisir du toucher à celui de la vue », souligne François Héry, le directeur de l’imprimerie de Périgueux. Ce toucher unique rend le timbre infalsifiable. La sensation de chaque ligne sous le doigt rappelle au collectionneur averti qu’elles ont été gravées une à une sous la binoculaire, par la main du graveur.

 

Taille-douce électromécanique

 

Ayant toujours le souci de coller aux conditions posées par ses clients, notamment internationaux, de faire des timbres plus écologiques et plus rapidement, La Poste s’équipe, numérise ses procédés afin de réduire les étapes d’impression. La taille-douce n’échappe pas à cette modernisation. Déjà, l’on transfère la gravure du poinçon sur la virole (étapes 1 à 4) grâce à un procédé électromécanique, qui évite les étapes intermédiaires. La gravure est photographiée. La photo numérisé est ensuite gravée par la machine directement sur la virole. « On supprime ainsi les acides ammoniaqués, nécessaires au traitement du cuivre, dans le transfert traditionnel. Ces produits dangereux et polluants seront d’ailleurs bientôt interdits », précise François Héry. En outre « le transfert électromécanique se fait en une journée au lieu de quinze jours pour le traditionnel », ajoute le directeur de l’imprimerie.

 

Si la machine est capable de graver une œuvre à partir d’une photo, alors les graveurs ont-ils du souci à se faire pour leur métier ? « Non, nous aurons toujours des graveurs. La taille-douce est notre point fort », rassure François Héry. La stratégie de La Poste est de remettre en circulation davantage de timbres et documents en taille-douce grâce au coût moindre de la gravure assistée par ordinateur (GAO). Elsa Catelin, jeune graveur de l’École Estienne, a été embauchée récemment à l’ITVF, notamment pour ce savoir-faire. Déjà les documents philatéliques, sont réalisés par ce procédé qui permet de faire un poinçon en un à deux jours au lieu de quinze par un graveur. Les philatélistes, qui abandonnaient la collection des vignettes faute de gravure, devraient donc voir à nouveau les documents philatéliques taille-douce circuler. François Héry compte sur « la redécouverte de la taille-douce à des coûts économiques intéressants pour susciter chez les clients un nouvel intérêt et, en marge du timbre, des commandes de reproductions artisanales, qui seraient vendues aux prix d’œuvres d’art numérotées ». Les œuvres illustrant les documents philatéliques, par exemple, et d’autres produits dérivés du timbre gagneraient ainsi en statut et en valeur.

 

 

Les 7 étapes de la taille-douce traditionnelle

 

 

 

1) La gravure du poinçon:L'artiste graveur incise une plaque d'acier doux (appelée poinçon) à l'aide d'un burin, pour y graver le timbre poste à taille réelle mais à l'envers ! L'imprimerie des  Timbres-poste lui procure ladite plaque, imprimée de la photo à l'envers du timbre, afin de guider les premiers traits du graveur.

 

2) Durcissement de l'acier: Le poinçon en acier doux est chauffé à 850°C dans un four, en présence de cyanure de sodium, pendant 3 heures. Dès sa sortie du four, il est refroidi dans de l'eau activée afin de le durcir.

 

 

3) L'empreinte en relief de la molette: L'empreinte en creux et à l'envers du poinçon est transposé sur un petit cylindre d'acier doux, nommé molette, où il apparait en relief et à l'endroit. Ce transfert est obtenu grâce à une pression progressive qui atteint 5 à 6 tonnes et dure environ 1 heure. Elle s'effectue mécaniquement.

4) L'empreinte en creux sur la virole: On opère un 2ème transfert, où le motif en relief et à l'endroit de la molette, va venir imprimer, en creux et à l'envers, un cylindre creux recouvert de cuivre: la virole. Cette opération peut se faire mécaniquement ou sur une presse à transfert automatique, autant de fois que le plan d'imposition prédéfini l'exige.

 

 

 

 5) Le chromage: La virole de cuivre est plongée dans un bain électrolytique pendant 3 heures,d'où elle ressort chromée. Le revêtement de chrome protège de façon optimale la gravure et lui évite l'usure par abrasion des tirages très élevés.

 6) Le découpage des rouleaux encreurs: Le cylindres gravé de la virole est touché par trois cylindres encreurs lors de l'impression : un par couleur. Ces rouleaux en matière synthétique sont découpés au préalable à la main ou au laser, afin de ne laisser en relief que les parties du timbre concernées par leur couleur respective.

 

 7) Impression de la taille-douce: Les rouleaux encreurs viennent tour à tour toucher le cylindre d'impression gravé et chromé. Ce dernier est essuyé immédiatement pour ne laisser l'encre que dans le creux des tailles. Dans le cas d'une taille-douce 3 couleurs, les encres sont juxtaposées sur le même cylindre gravé. Pour obtenir une superposition de couleurs et agrandir ainsi la palette des teintes,il est nécessaire d'utiliser un autre cylindre d'impression, et donc de graver un second poinçon. Ce cylindre est appelé "report" car il imprime les aplats de couleur (souvent les couleurs de fond) sur un cylindre en matière synthétique qui les reporte sur le papier. Cette gravure est donc réalisée à l'endroit, contrairement au cylindre d'impression taille-douce directe qui appose l'image directement sur le papier. Une nouvelle machine, Epikos, permet d'imprimer quatre couleurs directement au lieu de trois, grâce à un report automatisé qui ne demande pas de recalage.

 

 

 

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