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De
la conception d’un timbre (1)
| Nous débutons l’année avec le
timbre à son commencement. Là où bouillonnent les idées, se
croisent les maquettes, se prennent les décisions de vie et de mort
des précieux petits papiers dentelés : au SNTP, traduisez
Service National des Timbres-poste et de la Philatélie. C’est
à Fontenay-aux-Roses (92), un peu au sud de Paris qu’atterrit le
courrier des passionnés du timbre et autres candidats aux honneurs
dans le bureau du SNTP. Quelque
1500 demandes se bousculent au portillon chaque année, pour une
centaine d’élus. Cent visuels conçus et reproduits au prix parfois
de prouesses techniques et artistiques, pour 50 à 60 émissions
(certaines émissions comprenant plusieurs timbres). |

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Où
germe l’idée d’un timbre ?
Vous,
particuliers, philatélistes, en êtes les inspirateurs, ainsi que des
associations de toutes sortes, des élus, désirant le haut du pavé pour leur
ville et toute entité ayant des valeurs, un personnage, un événement ou un
particularisme à faire valoir.
Comment
le SNTP fait-il le tri dans toutes ces initiatives ?
La
question a été posée à Thibault Mathieux, directeur de la conception au
SNTP : « la qualité du
dossier et le sujet lui-même sont prioritaire. Évidemment, nous ne mettons
pas sur le même plan le centenaire de la Tour Eiffel et l’ouverture d’une
école… ». Des évènements comme l’anniversaire de la loi de
1905 sur la séparation des Églises et de l’État ou encore la libération
des camps nazis sont commémorés sous la direction d’une mission
interministérielle. Autant dire que ces sujets là ont de sérieux appuis
devant la commission des programmes philatéliques. Mais rien n’empêche
quiconque de faire appuyer sa demande par une instance de l’État, si
l’envergure du sujet s’y prête…
Qui
décide ?
La
commission des programmes philatéliques se réunit deux fois par an, pour émettre
un avis sur le programme officiel des six mois à venir. « Aucun
sujet n’est mis au programme d’emblée, chacun est débattu au sein de la
commission », assure Thibault Mathieux, qui y siège, en tant que
représentant de La Poste. Autour de la table, siègent également un représentant
des collectionneurs, un négociant, un représentant de la Fédération des
associations philatéliques, quatre représentants du ministère de la Culture
ainsi que des artistes graveurs et non graveurs.
Leur
travail est préparé et simplifié, avant la réunion, par le service
conception, qui enquête sur l’intérêt de tel village ou de tel événement,
afin de hiérarchiser les demandes : »Certains villages ont beau
avoir une église romane remarquable, il ne se compare pas au viaduc de
Millau" » explique Thibault Mathieux. Dans la série artistique,
les peintres amateurs qui envoie leurs œuvres n’ont aucune chance
d’entrer dans la liste des sept ou huit nominés pour une série de quatre
timbres. Même les plus célèbres sont parfois écartés. Ainsi, Matisse
aurait dû avoir un timbre en 2004, mais n’a pas été retenu à cause
d’un désaccord avec la fondation détenteur de ses droits. Pour
information, les artistes à l’honneur ne touchent aucune rémunération et
les marques sont refusées, sauf cas particulier comme les noms de grands créateurs
français, qui ont donné leur nom propre à leur marque ou encore des réalisations
emblématiques françaises et européennes, comme le TGV ou l’Airbus A 320,
qui sont aussi des marques commerciales.
Au
final, la décision revient au ministère de l’Industrie qui arrête le
programme, sur proposition de la commission. L’arrêté est publié au
Journal Officiel, qui décline le programme.
Qui
crée le timbre ?
Une
fois les thèmes arrêtés, le vrai travail de gestation du timbre commence.
On consulte les ayants droit et demandeurs du timbre, puis l’on confie le
projet à un artiste, parmi la cinquantaine qui travaille occasionnellement
pour La Poste ou encore à un talent spécifique déniché pour un cas
particulier. « Je présente cinq ou six maquettes dont quelques idées
personnelles, qui ne sont pas dans le cahier des charges », raconte
Christian Broutin, illustrateur. Les idées créatives de l’artiste
apportent généralement une valeur ajoutée très appréciée.
La
technique de reproduction employée n’est pas anodine dans le choix de
l’artiste. Ainsi, la taille-douce, technique traditionnelle de reproduction
des timbres, nécessite un talent de graveur sur acier, à taille réelle et
à l’envers, devenu rare. Seuls une dizaine de graveurs maîtrisent cette
technique en France, dont trois sont embauchés à temps plein à
l’imprimerie des timbres-poste et des valeurs fiduciaires, à Périgueux.
Bien qu’elle comporte plus de contraintes et un procédé de création plus
onéreux, la taille-douce est appréciée des philatélistes pour le toucher
en relief de son encre, infalsifiable et garant de la prouesse artistique de
sa réalisation.
Les
procédés de reproduction automatisés et numérisés que sont l’héliogravure
et l’offset, ont ouvert d’autres possibilités de visuels, plus colorés,
utilisant la photographie et le montage par ordinateur, par exemple. Si bien
que toutes les techniques de l’image et de la reprographie sont
aujourd’hui applicables au timbre. « Nous sommes attachés à garder
les artistes aux procédés traditionnels tout en utilisant les techniques les
plus modernes », confie Thibault Mathieux. « Cette variété crée
la richesse des collection des timbres de France », conclut le directeur
de la conception du SNTP.
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